COMPRENDRE LE MUTISME SÉLECTIF : « QUAND LES MOTS NE VEULENT SIMPLEMENT PAS SORTIR »

par Annick Hébert, psychologue
Commission scolaire Val-des-Cerfs



Qu’est-ce que le mutisme sélectif ?

Le mutisme sélectif est un trouble anxieux de l’enfance caractérisé par une incapacité régulière de l’enfant à parler dans des situations sociales spécifiques, telle que l’école.  Toutefois, l’enfant est apte à parler dans d’autres situations où il se sent confortable.  Le mutisme sélectif se caractérise par une timidité paralysante lorsque l’enfant doit parler dans des situations spécifiques. L’enfant devient souvent dénué d’expression et d’émotion et est souvent isolé socialement.  La phobie sociale est associée à ce trouble dans plus de 90% des cas.  Bien que difficile à évaluer, les recherches récentes estiment la prévalence à au moins sept enfants sur mille.


Pourquoi un enfant développe le mutisme sélectif ?

L’enfant atteint de mutisme sélectif démontre souvent des signes d’anxiété élevée dès la petite enfance, tels que : l’anxiété de séparation, des crises de colère, du négativisme, des problèmes de sommeil et une gêne excessive.  Bien que 20 à 30% des enfants atteints de mutisme sélectif aient des problèmes de langage associés, l’anxiété demeure la cause sous-jacente du mutisme.  Une prédisposition à la gêne et à l’anxiété, additionnée au stress de devoir parler (insécurité au niveau des habiletés), peut entraîner un niveau accru d’anxiété et mener au mutisme.  Le mutisme sélectif n’est pas causé par des troubles d’apprentissage, des troubles envahissants du développement, l’autisme ou autres retards de développement.  De plus, rien ne démontre que le mutisme sélectif soit lié à l’abus, la négligence ou à des traumatismes.


Quelles sont les caractéristiques comportementales ?


Les enfants atteints de mutisme sélectif présentent des problèmes significatifs d’inhibition et d’incapacité à parler dans des situations sociales spécifiques.  Des plaintes psychosomatiques sont fréquentes dans les contextes scolaire ou social, telles que maux de ventre, nausées, vomissements, diarrhées, maux de tête et autres.  L’évitement du contact visuel, le retrait physique et l’immobilité sont également fréquents pour ces enfants en milieu scolaire.  L’enfant aux prises avec le mutisme sélectif ne parle pas puisque la parole accentue son anxiété.  L’enfant ne peut simplement pas parler, mais vient à bout de participer de manière non verbale et communique par des gestes.  Dans certains cas, il apprend à murmurer.  Les relations sociales sont très difficiles puisqu’il éprouve énormément de difficulté à initier les relations et demeure très lent à réagir tant verbalement que non verbalement.


Quand les enfants sont-ils diagnostiqués ?


Le diagnostic est généralement posé entre quatre et huit ans.  Bien que les premières manifestations ont généralement lieu avant l’âge scolaire, la perturbation devient évidente au moment de la rentrée scolaire.  


Que faire en cas de doute ?

Il importe de consulter un médecin, un psychiatre ou un psychologue scolaire si les symptômes persistent plus d’un mois. On peut aussi s’informer par des lectures ou des ressources internet (www.selectivemutism.org).


Comment le dépister ?


Un professionnel qualifié effectuera une entrevue parentale afin de recueillir des renseignements pertinents concernant l’interaction sociale de l’enfant, son anamnèse développementale et médicale, ses antécédents familiaux et ses traits comportementaux.  Le professionnel rencontrera l’enfant et s’assurera qu’il parle normalement à la maison ou dans d’autres situations où il est plus à l’aise.  Une évaluation du langage sera souvent recommandée, de même que des évaluations médicale et psychologique.


Quels sont les critères diagnostiques ?
Comment le traiter ?

L’objectif principal de la thérapie est de diminuer l’anxiété et d’accroître l’estime et la confiance en soi dans des situations sociales.  Le traitement thérapeutique combine souvent plusieurs approches :

Approche béhaviorale :
Renforcement positif et désensibilisation systématique sont utilisés.

Approche cognitive :
Modification des pensées anxiogènes en pensées positives (restructuration cognitive).

Médication :  
Médication sous forme d’inhibiteurs de recaptage de la sérotine (Ex. : Prozac), lorsque les thérapies précédentes ne sont pas suffisantes.

Renforcement de l’estime de soi :
Emphase sur les forces et intérêts de l’enfant afin de promouvoir les verbalisations.

Socialisation :
Encouragement de la socialisation et des sorties avec les amis.

Implication de l’école :

Information sur le mutisme sélectif auprès des enseignants et des intervenants.

Éducation parentale :
Éducation des parents face aux comportements anxieux de l’enfant afin de maximiser les habiletés parentales.  Des consultations thérapeutiques sur la discipline peuvent s’avérer bénéfiques.


Le support de l’école

    L’école est souvent l’endroit le plus anxiogène pour l’enfant aux prises avec le mutisme sélectif en raison des attentes de participation et d’interaction de la part des enseignants et des pairs. Une bonne compréhension des caractéristiques du mutisme sélectif devrait amener l’école à accueillir l’enfant dans un environnement et des conditions confortables et relaxantes.  Plusieurs stratégies peuvent être utilisées :  
Acceptation et patience

Le processus thérapeutique doit se faire progressivement avec patience et acceptation.

Il importe de ne jamais forcer l’enfant à parler.  Communiquer votre présence à l’enfant et passer du temps seul avec lui afin de l’amener à parler de ses sentiments.

Un diagnostic et un traitement adéquat, de la patience et de l’acceptation améliorent le pronostic à long terme.
         
Titre :     When the Words Just Won’t Come Out - Understanding Selective Mutism
Auteur :    Shipon-Blum, E.
Année :    Février 2002
Source :    NASP